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mercredi 12 octobre 2011

Technofirst : un modèle économique orienté sur la recherche subventionnée

Technofirst est spécialisée dans le développement de technologies de lutte contre les nuisances sonores, du bouchon d'oreille au casque en passant par les parois antibruits. Son PDG, Christian Carme, a longtemps travaillé dans la Recherche, au CNRS, avant de créer Technofirst il y a onze ans. Il vise à passer d'un modèle de recherche pure, où la société multiplie les signes de reconnaissance, à un modèle de société commerciale de production.

Mais le cap est terriblement dur à franchir, et l'on peut se demander si la société y parviendra un jour.


1. Un chiffre d'Affaires majoritairement composé de subventions


Les derniers chiffres complets publiés par la société concernent l'exercice 2009, la société manifestant de grandes réticences à communiquer sur les éléments 2010, y compris vis-à-vis de ses actionnaires.

Dans un Business Plan diffusé par Arkéon Finance à des investisseurs potentiels en 2009, la société disait prévoir pour cette même année un CA partagé entre 71% pour la vente de produits, et 29% pour la vente de services, dont études.

L'analyse des chiffres réels donne la répartition suivante, sachant qu'ont été distinguées les études pour comptes de clients du secteur privé, non subventionnées, et celles financées par la CEE :

- Vente de produits France = 54 Ke
- vente de produits export = 567 Ke
- Vente de services France = 102 Ke
- Vente de services export = 202 Ke
- Subventions CEE = 1.199 Ke
- Quote part des études non subventionnées, à déduire = 1.199 Ke

Total du CA, avant déduction des productions non subventionnées non vendues = 3.324 Ke

Les prévisions du business plan faisaient apparaitre un chiffre d'affaires total 5.5 M€, dont 3.9 M€ pour la vente de produits. On voit qu'on en est loin, et que c'est la partie vente de produits qui pêche particulièrement, la CA prévu pour les études ayant lui été quasiment respecté.

(Pour ceux qui n'auraient pas consulté les annexes des comptes, la répartition ci-dessus, bien que peu orthodoxe, et d'ailleurs soulignée par les CAC, est le reflet exact de la façon qu'à Technofirst d'enregistrer son CA. La présentation en a été conservée afin de ne pas introduire de biais entre le CA réel réalisé par la société et celui affiché).


La majeure partie du CA étant réalisé via des subventions de 50% sur études, on pourrait s'attendre à des résultats en pertes. Il n'en est rien, la société bénéficiant tous les ans de Crédit d'Impôt Recherche : 622 Ke en 2009, permettant d'afficher un RN de 498 K€.



Et pourtant les projets abondent. On y reviendra.






2. Un Gap culturel entre le PDG et ses actionnaires


Le PDG considère ses actionnaires comme de simples bailleurs de fonds, qui n'ont pas à s'inquiéter des opérations en capial puisque lui est majoritaire, ni à s'attendre à un quelconque retour sur investissement. A cet égard, un passage dans sa lettre de voeux 2011 est particulièrement révélatrice de son mode de pensée :

"(...)Il m’est aussi reproché de procéder à des augmentations de capital et donc de diluer les actionnaires. Cette question me paraît étrange, car s’il y a bien une personne qui devrait s’inquiéter de la dilution, c’est le fondateur de l’entreprise... Or, sans augmentation de capital massive, nous n’aurons pas « le carburant nécessaire pour faire décoller notre fusée ». Aujourd’hui, des contrats très importants comme Porsche sont là et nous avons pour la première fois une réelle chance d’élargir la dimension de notre PME dont le CA est basé essentiellement sur les études pour passer à un CA de dimension industrielle tout en gardant notre capacité de recherche et de développement.

La dilution serait un sujet d’inquiétude si les dividendes étaient reversés chaque année. Or, il n’est pas envisageable de verser des dividendes tant que nous sommes en croissance et en phase d’investissement. "

Dans le même esprit, il a procédé en 2011 à un une augmentation de capital par apports en nature (apport du brevet "sèche-cheveux silencieux"), qui a très fortement dilué les actionnaires. Outre le fait que cette AK ait été faite sans leur autorisation, les actionnaires qui ont appris incidemment cette opération se sont émus lors de l'AGE de juin du prix retenu pour fixer la base de conversion, 2.26 euros, alors que l'action cotait autour de 4 euros à cette époque. Selon des propos relatés sur Boursorama, le PDG aurait donné l'impression de ne pas s'être rendu compte de l'impact pour les actionnaires, et aurait proposé de revoir à la baisse le nombre d'actions qu'il s'était accordé. Sujet particulièrement sensible, l'AK ayant été finalisée, et tout retour arrière étant exclu sans une nouvelle AG : on ne trouve d'ailleurs plus trace de cette promesse sur le site de la société. Et les apports à ce sujet sur Boursorama ont été censurés. Les conditions de cette AK seront développées plus en détail dans un article ultérieur.

Alors que dans le Business Plan proposé aux investisseurs en 2009, une seule augmentation de capital de 1.3 M€ était prévue jusqu'à fin 2012, pour nombre total d'actions de 1.635.217, à ce jour, le nombre d'actions atteint 2.265.390. Et le principe d'une nouvelle AK de 6 millions d'euros a été voté lors de la dernière AGE séparée.

De quoi diluer encore plus les actionnaires, alors que la société est loin de respecter son BP. Et de leur faire douter de la volonté du PDG de les associer à la réussite de l'entreprise. Puisque même la contrepartie du cash nécessaire au développement n'a pas été obtenue.

Toujours sur le thème du respect des actionnaires, rares voire inexistants ont été ceux qui ont pu se procurer les comptes complets. Et il est nécessaire de passer par l'avocat de la société, qui multiplie les embûches, pour tenter de se les faire communiquer. Une conception de la communication très singulière, dont on ne sait si elle résulte d'un manque de culture économique, ou d'une volonté de masquer la réalité. Il faut dire que même la société se perd quelquefois dans ses opérations. Le PV du CA du juin 2010, qui constatait avoir omis une AK faite fin 2009 dans ses déclarations au Greffe, est à cet égard symptomatique...



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Autre article publié sur Technofirst : http://newsgolog.blogspot.com/2011/10/technofirst-une-nouvelle-nominee-au.html

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